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Parcours

Philomé Robert

Par Astrid Krivian - Publié en octobre 2020
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Le journaliste Haïtien présente les éditions matinales sur France 24 le week-end. Défenseur d’une information citoyenne, il a été contraint à fuir son pays en 2001. Une expérience douloureuse qu’il a racontée dans son livre, Exil au Crépuscule, en 2012.

«Le pain de l’exil est amer », écrit Shakespeare dans Richard II. Ce jour de décembre 2001, la vie de Philomé Robert bascule. Né en 1975 en Haïti, diplômé en droit et en linguistique appliquée, journaliste à Radio Vision 2000 où il présente les actualités, il est attaqué dans les rues de Port-au-Prince par des partisans du pouvoir. Une arme sur la tempe, il est sommé de rendre allégeance au président de l’époque, Jean-Bertrand Aristide, et de son parti. Le contexte est sinistre : quelques jours auparavant, l’un de ses confrères, Brignol Lindor, a été exécuté à coups de machette. Philomé est alors perçu par le régime comme un journaliste d’opposition, « ce qui était faux » précise-t-il. « Ce pouvoir avait décrété la mort de la presse. Tout commentaire ou critique prononcé à son égard, comme le problème de collecte des ordures ou la corruption dans l’administration, suffisait pour être considéré opposant. » Réfugié à l’ambassade de France, contraint à l’exil, il quitte Haïti pour l’Hexagone le 28 décembre. Il raconte ce déchirement dans son livre autobiographique, Exil au crépuscule, véritable plaidoyer pour le droit et le devoir d’informer : « L’exil est un arrachement, une douleur effroyable. J’ai mis des années avant d’accepter mon impossible retour. »

Après avoir officié à RFI, son master de télévision obtenu à Sciences Po en poche, il intègre la chaîne France 24 en 2008, d’abord en tant que journaliste de desk. Puis il se met à présenter les éditions matinales du journal, le week-end. L’enfant du pays revient en Haïti après le tremblement de terre de janvier 2010. « Je ne pouvais pas rester là à commenter la situation, faire le journaliste. Je n’avais pas de nouvelles de ma famille. » Plus de 230 000 morts et 1 million de personnes sans-abri… Il trouve un pays à terre. « Une expérience immonde en tant que citoyen, exilé, journaliste. » Aujourd’hui, toujours hanté par sa terre natale – « On ne prend pas congé de Haïti : elle vous prend aux tripes, vous rattrape sans cesse » –, il nourrit l’espoir qu’elle devienne un État de droit, redonne à son peuple sa dignité, l’intérêt dans sa citoyenneté. « Un chantier totalement ouvert », hélas. Il se désole d’une direction politique « inepte, folle, frappée d’incurie ». Et s’inquiète de l’insécurité grandissante, provoquée par ces groupes armés, appelés « gangs » : « Des organisations au service de politiques aux intérêts précis, qui commettent exactions, exécutions sans procès. » Tel l’assassinat du bâtonnier de Port-au-Prince, le 28 août dernier. Tout au long de ses vingtquatre ans d’expérience, Philomé Robert a défendu une information utile au plus grand nombre, reliée aux réalités des populations : « Concurrencée par les réseaux sociaux, décriée, voire défiée, la presse demeure indispensable. C’est un métier appelé à évoluer constamment, qui doit s’adapter aux nouveaux outils, se rapprocher du citoyen. » Pendant son temps libre, connecté non-stop aux actualités – « Je déteste ne pas savoir » –, il s’évade au cinéma, cherche à publier son premier roman : l’histoire d’une enfance volée, entre les Caraïbes, les États-Unis et l’Afrique. Et n’a qu’une hâte : retourner sur le continent. « Première République noire, Haïti est la fille aînée de l’Afrique. Mais l’héritage du continent y est encore trop méconnu. J’ai adoré le Sénégal. En Guinée, Conakry est déglinguée, comme Port-au-Prince, j’entends les mêmes sonorités. Mon lien avec l’Afrique est profondément charnel. »

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