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Tunisie

Abir Moussi, seule contre tous

Par FRIDA DAHMANI - Publié en décembre 2020
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À l’Assemblée, le portrait de Bourguiba orne le pupitre de la députée. Ici, le 26 février 2020, lors du vote de confiance au gouvernement Elyes Fakhfakh, dont elle était la principale opposante. CHOKRI MAHJOUB/ZUMA WIRE/RÉA

Députée, présidente du Parti destourien libre, héritière du bourguibisme et du benalisme, elle s’installe comme la cheffe de l’opposition. Et comme l’ultime rempart contre les islamistes d’Ennahdha. Portrait sous forme de dictionnaire particulier.

Dans un milieu où les femmes émergent avec difficulté, Abir Moussi tient la dragée haute au monde politique tunisien. Tous la considèrent comme une rivale de taille et le traitement sans concession qu’elle inflige aux islamistes fait l’effet d’un baume au cœur pour les transfuges du camp dit des modernistes, de plus en plus nombreux à la soutenir. À 45 ans, la présidente du Parti destourien libre (PDL) en impose et semble capable de damer le pion aux islamistes, ou du moins de contrecarrer leur tentative d’hégémonie. Sa carrière, sa manière très construite de s’exprimer, son aisance en public et ses gestes précis suggèrent une personne affirmée et droite dans ses bottes. Elle est ainsi devenue l’égérie des tenants de la loi et de l’ordre, dans la continuité de l’ancien régime, au sein duquel l’ex-avocate a effectué ses premiers pas en politique. Celle qui maîtrise les effets de manche a quitté le prétoire pour rejoindre l’hémicycle, une scène où elle déclame comme une prima donna des pamphlets contre les islamistes, qu’elle considère comme terroristes. Sa position est sa promesse politique essentielle : l’éradication des islamistes tunisiens, pas moins. Pasionaria, sans doute… Elle est surtout une femme politique, qui travaille d’abord à sa popularité, et séduit une fraction des anti-islamistes par son attitude de va-t-en-guerre. Grâce à cette attitude sans concessions, elle se démarque et amasse de plus en plus de soutiens. Mais elle peine à déléguer au sein de son parti et semble ne faire confiance qu’à elle-même. Elle prend ainsi un risque pour des échéances électorales importantes à venir, dont les municipales de 2022. Les sondages corroborent régulièrement le fait que le PDL lui doit d’avoir le vent en poupe, mais disent aussi que les Tunisiens ne sont pas pour autant prêts à élire une femme à la magistrature suprême. Abir Moussi sait qu’il est difficile pour une femme arabe de concrétiser ses ambitions politiques, mais elle n’est pas disposée à jouer un rôle subalterne. « Elle connaît l’État profond, elle pourrait être cheffe du gouvernement », estime un ancien conseiller de Ben Ali. Mais cela impliquerait qu’Abir Moussi revoie sa stratégie et s’ouvre au dialogue avec d’autres partis. Une démarche qu’elle ne semble pas être disposée à effectuer et qui ne semble pas figurer à son agenda. « D’ici à 2024, beaucoup de choses vont se produire, mais il est certain qu’Abir ne va pas ronger son frein ; les choses se feront avec elle », assure en confidence un membre du bureau politique du PDL, qui rappelle la nécessité de changer la loi électorale pour une réelle représentativité démocratique.

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