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Entretien

Djaïli Amadou Amal :
« L’écriture m’a sauvé la vie »

Par Astrid Krivian - Publié en novembre 2020
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PATRICE NORMAND/LEEXTRA VIA LEEMAGE

Son nouveau livre, Les Impatientes, qui était dans la short-list du prix Goncourt, a remporté le 2 décembre le Goncourt des Lycéens. Un ouvrage qui brise les tabous sur les violences faites aux femmes. La romancière camerounaise y dénonce la soumission, les mariages forcés, la polygamie et le viol conjugal qui affligent les cultures sahéliennes. Une histoire intime, bouleversante, et une œuvre militante, nécessaire, universelle

Petite, Djaïli Amadou Amal dévore les livres en cachette à la bibliothèque de l’église. Adolescente, elle lit tout son soûl les classiques français, Racine en tête. Mariée de force à 17 ans, elle fait de la littérature son alliée vitale pour s’affranchir de ce calvaire. Accompagnée des œuvres d’Amadou Hampaté Bâ, Ferdinand Oyono, Mariama Bâ, Seydou Badian Kouyaté ou Juliette Benzoni, elle trouve un exutoire dans l’écriture. Née en 1975 à Maroua, dans la zone sahélienne du nord du Cameroun, l’écrivaine peule signe en 2010 un premier roman, Walaande, l’art de partager un mari, sur la souffrance des femmes dans le mariage polygame, puis en 2013 Mistiriijo, la mangeuse d’âmes. Militante féministe, elle crée en 2012 l’association Femmes du Sahel, qui promeut la scolarisation des jeunes filles et lutte contre le mariage précoce. Inspiré de son vécu, son nouveau roman, Les Impatientes, dénonce la condition féminine dans les pays du Sahel. À travers le destin de trois femmes victimes de mariage forcé, de polygamie, de violences conjugales, il retrace leur affliction, leur révolte, leur combat pour se libérer de l’oppression, de l’injustice. Prix Orange du livre en Afrique 2019, ce récit bouleversant et universel est en lice pour le prix Goncourt 2020.

AM: Votre roman raconte les violences, physiques et morales, faites aux femmes, du mariage précoce forcé au viol conjugal. Censée être une vertu, la patience, munyal en fulfuldé (langue des Peuls), est ici récupérée à mauvais escient, un prétexte pour que ces femmes supportent leurs sévices.

​​​​​​​Djaïli Amadou Amal: Dès leur plus jeune âge, on répète aux femmes : « Patience ! Soumets-toi, accepte tout et, surtout, sans te plaindre ! » La patience est l’une des valeurs de notre culture, mais elle crée beaucoup de souffrances. Le jour du mariage, une longue liste de commandements et de devoirs est adressée à la femme, résumant qu’elle appartient à l’homme, à qui elle doit une soumission totale. Si le mariage est réussi, c’est grâce à notre patience, à notre soumission. S’il échoue, c’est la faute de la femme qui n’a pas su accepter, patienter, se soumettre. La condition des femmes est la même dans tous les autres pays du Sahel : Tchad, Niger, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Sénégal, Mali, Guinée… Elle n’est pas spécifique à la société musulmane, même si elle s’appuie sur une mauvaise compréhension des textes religieux pour oppresser les femmes. Ce recours à la religion donne plus de poids à leur abnégation. Le paradis se trouverait aux pieds de leur époux, si elles étaient obéissantes. C’est un piège qui se referme sur nous. On ne peut pas s’échapper de ce contexte oppressant, étouffant. À moins de se révolter, d’affronter la société et d’être mise au ban de cette dernière.

Votre récit montre bien la difficulté pour ces femmes de se libérer, piégées par un système qui ne leur laisse pas d’autre choix de vie. Leur dépendance économique aux hommes est donc l’un des principaux obstacles ?

Cette dépendance économique entraîne les autres formes de violence. L’éducation des garçons est privilégiée, et les filles sont amenées à quitter l’école dès le collège pour se marier. Le mariage précoce forcé est l’un des facteurs de leur déscolarisation. On n’apprend pas à la jeune fille à gagner sa vie. Elle trouve dans le mariage cette sécurité financière. Dans le cas où une femme est répudiée, elle retourne chez ses parents, en attendant d’être remariée. Ce système crée donc des dérives, car les femmes n’ont pas d’autres possibilités. Et celles qui parviennent à être indépendantes financièrement sont très mal vues par la société. Une femme qui vit seule est méprisée, insultée, exclue. C’est encore très compliqué pour les filles d’arriver jusqu’au lycée. Soit elles restent à la maison pour faire de la cuisine ou de la couture, soit elles sont mariées entre 13 et 16 ans. Cela permet de contrôler leur sexualité afin qu’elles arrivent vierges au mariage, en évitant qu’elles aient un petit ami, des rapports sexuels. Aujourd’hui, dans les régions du grand nord du Cameroun, il y a des universités. C’est magnifique, des perspectives s’ouvrent donc pour les jeunes bachelières. Ce n’était pas le cas pour ma génération, et il était inacceptable qu’une fille quitte le foyer parental pour suivre ses études ailleurs. Mais les hommes ont trouvé un moyen de convaincre les femmes d’arrêter leurs études : diplômés, dans la vie active, ils décident de ne pas se marier avec leurs camarades de l’université, car elles ne seraient pas suffisamment soumises à leurs yeux. Ils choisissent donc des filles de 15 ans. Les petites sœurs assistent à la frustration de leurs aînées, et comme on leur met dans la tête que le mariage est la finalité de la vie, elles préfèrent se marier tôt par peur de se retrouver seules.

Le premier mari de la femme, c’est le diplôme, dites-vous. Vous faites de la sensibilisation à ce sujet avec votre association, Femmes du Sahel.

Oui, nous organisons des causeries éducatives dans les établissements scolaires du pays. Il y a trois ans, l’ambassade des États-Unis nous a accompagnées dans 15 lycées et collèges du grand Nord pour sensibiliser les filles à l’importance de l’éducation et aux moyens de se prémunir des violences. On donne des exemples concrets, comme leur droit de refuser une demande en mariage. C’est ce qui m’a manqué quand j’ai été donnée en mariage, à 17 ans. Je n’ai pas pu me défendre. Nous dialoguons avec les parents, éventuellement avec le chef du quartier, l’imam, ou des associations qui sollicitent les institutions. On cherche tous les moyens pour que la fille puisse refuser sans être rejetée par sa famille et sa communauté. Avoir un diplôme, un travail, être indépendante financièrement permet de se prémunir de nombreuses violences. Il faut encourager les filles en ce sens. C’est l’une des raisons qui m’ont poussée à quitter ma ville et mon mariage à l’époque. J’avais confié mes filles, alors âgées de 6 et 7 ans, à ma mère, mais mon mari les a kidnappées, et je ne les ai pas vues pendant trois ans. Je suis partie pour pouvoir m’exprimer, devenir une voix qui soit entendue, et ainsi les protéger quand elles seraient adolescentes, éviter qu’elles ne soient données en mariage.

Y a-t-il selon vous des différences entre les zones rurales et urbaines, et entre les classes sociales ?

La différence porte sur le confort de vie, mais on retrouve partout ce schéma d’oppression. Il change si la femme est assez instruite pour se libérer de ces carcans, exerce un métier. Et même les femmes mariées avec des hommes très diplômés subissent la polygamie. La société continue de croire que l’homme a le droit de tromper sa femme, mais pas l’inverse, qu’il peut décider comment elle dépense son propre salaire, etc.

L’islam est donc un prétexte pour opprimer les femmes ?

Il s’agit d’une mauvaise interprétation des textes. En Afrique, même si nous lisons le Coran, nous ne sommes pas en mesure de vraiment comprendre son contenu. Et il y a beaucoup d’amalgames entre le culturel et le religieux, nous ne faisons plus la différence entre les interdits liés à l’islam et nos coutumes. Dans certaines sociétés, on demande aux filles suivant des études islamiques de s’arrêter à un certain niveau pour qu’elles n’en sachent pas trop. Car si elles apprennent la vérité, elles se révolteront. En réalité, la polygamie n’est possible qu’avec la permission de la première épouse. La femme a le droit de demander le divorce, de refuser la polygamie en signant un contrat avant le mariage, il est interdit de la frapper… Le prétexte de la religion est beaucoup plus convaincant : si elle refuse d’obéir, elle va à l’encontre de la volonté d’Allah et ira en enfer. Dans notre société, c’est un blasphème de dire : « Je suis fatiguée de patienter. » Car le munyal est l’une des valeurs de notre culture peule comme de l’islam.

Qu’est-ce que le pulaaku, souvent cité dans votre roman ?

C’est l’ensemble des règles qui régissent la société peule. On dit de quelqu’un qui les respecte que c’est un bon Peul. Le sens de la dignité, la pudeur, la patience, l’intelligence, le fait de savoir se tenir, etc. sont des règles positives qui apprennent à vivre en société, à respecter l’autre et soi-même. Mais utilisées à mauvais escient, comme moyens d’oppression ou de chantage affectif, elles obligent femmes et enfants à faire ce qu’ils ne veulent pas. Lors de ma première grossesse, mes tantes ne cessaient de me donner la consigne d’être patiente, de préserver mon « sens de la dignité » : une Peule ne crie pas, ne pleure pas, même quand elle accouche. Quand j’ai ressenti les premières contractions, j’avais plus peur de crier que d’accoucher. Même dans les circonstances les plus difficiles, on est obligées de penser d’abord au regard et au jugement de l’autre plutôt qu’à soi.

Les hommes de votre livre sont très durs, violents, dénués d’empathie. C’est ce que vous observez ?

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Publié en 2017 au Cameroun, Munyal, les larmes de la patience, le troisième roman de l’autrice, est édité en France chez Emmanuelle Collas, sous le titre Les Impatientes. DR

Peu importe le niveau social, la société ne permet pas la mixité, ne favorise pas le dialogue entre hommes et femmes afin de trouver des compromis. 

Elle assigne dès la naissance une place à la fille – à l’intérieur de la concession, avec les mères –, et au garçon – à l’extérieur, avec les hommes. Ces derniers donnent des ordres, ils savent ce qu’ils pensent être leurs droits et ne se préoccupent pas des sentiments de leurs filles ou de leurs épouses. Ce n’est pas une relation chaleureuse de confiance, d’amour, mais de dominant-dominé. Tant qu’il n’y a pas d’échange, de discussion, ce clivage demeure et crée des conflits. Parfois, une complicité naît entre un frère et une sœur à l’école, mais on ne laisse pas la place à cette fraternité de s’épanouir. Mon roman se situe au sein de familles assez aisées, censées éduquer leurs enfants, prétendument ouvertes, modernes, mais on voit bien que la place assignée aux femmes est la même.

Cette situation oppressante rend les femmes très cruelles entre elles. Vous écrivez même que le pire ennemi d’une femme est une autre femme.

Les hommes ont réussi ce tour de force : faire des femmes leurs meilleures alliées dans l’oppression féminine ! Ces violences sont en effet aussi perpétrées par les femmes. Mon héroïne, Ramla, subit une pression psychologique, un chantage affectif de la part de sa mère et de ses tantes pour qu’elle accepte le mariage. Les femmes ont également ce plaisir caché de voir que mon personnage, Safira, première épouse, ne sera plus heureuse à cause de l’arrivée d’une coépouse, plus jeune, plus belle. L’excision n’est pas abordée dans le roman, mais elle est perpétuée par les femmes. Tant qu’elles ne prendront pas conscience des violences qu’elles subissent, elles ne pourront pas s’en protéger.

Le viol conjugal n’est pas reconnu ?

Effectivement, il est nié. Tout commence le soir des noces. Dans notre culture, il est très mal vu d’avoir une relation avant le mariage. Si la fille ne saigne pas lors de cette première nuit, cela signifie qu’elle n’est pas vierge. La société oblige le jeune marié à prendre sa femme avec toute la violence nécessaire pour qu’elle puisse saigner, et donc prouver qu’elle est pure. On est dans la bestialité, pas dans l’amour. Une pression psychologique s’exerce également sur l’homme. Pour ne surtout pas paraître « impuissant », « faible », il prend des cocktails explosifs, comme du Viagra mélangé à du Tramadol – lequel fait des ravages chez les jeunes aujourd’hui [la consommation de cet antalgique dérivé de l’opium, qui provoque un sentiment d’euphorie et cause de graves troubles physiques et mentaux, des comportements agressifs ou dangereux, est un fléau au Cameroun, ndlr]. Pour la jeune fille, il est presque normal de se faire violer le soir des noces, car c’est ce modèle qu’on lui met dans la tête. Et ces blessures ou maltraitances ne relèvent pas du viol, car elles se déroulent dans le cadre du mariage ! On nous a inculqué que c’était notre devoir de satisfaire notre mari. On se fait violer tout au long de notre vie, on trouve ça normal, donc on est presque complices, d’une certaine manière. Le nombre de fois où l’on a cédé à notre époux, alors que l’on n’éprouvait pas de désir… C’est important d’en parler. Aujourd’hui, des femmes s’appliquent dans le vagin des produits fabriqués en Chine, en Inde, vantés pour leur pouvoir d’attraction sur les hommes. Pour être leur préférée, éliminer les rivales. Mais les pommades assèchent le vagin, et les femmes souffrent à chaque pénétration pour faire plaisir aux hommes.

L’écriture a-t-elle été un exutoire pour vous ?

Oui. À 17 ans, j’ai subi un mariage précoce et forcé, avec un homme très puissant et riche, le maire de la ville. Il a fait du chantage à mon entourage familial pour m’obtenir. Je l’ai détesté. Ce mariage m’a profondément traumatisée, je l’ai très mal vécu. À l’âge où vous étudiez, où vous avez un amoureux, des rêves plein la tête, vous êtes obligée de devenir l’épouse d’un homme de plus de 50 ans, de vivre avec une coépouse… Comme toutes les autres femmes, j’ai subi le viol conjugal. On ne peut pas parler de mariage, il faut plutôt parler… de pédophilie. J’ai d’abord trouvé refuge dans la lecture. Au plus fort de ma dépression, je dévorais les œuvres de Juliette Benzoni, très éloignées de mon univers. J’ai fait des fugues, des tentatives de suicide, mais on me renvoyait toujours chez mon mari en m’assénant : « Munyal ! » Mes lectures m’ont fait prendre conscience du fait que ce que je vivais n’était pas normal. Mais aux yeux de ma société, je devais m’estimer heureuse d’être l’épouse d’un homme puissant, riche, de manger à ma faim, d’avoir des domestiques. Mon besoin de liberté était juste un caprice ! J’ai donc trouvé mon exutoire dans l’écriture. J’avais besoin de parler à quelqu’un. Personne ne pouvait comprendre ce que je ressentais. J’ai d’abord écrit mon autobiographie, et j’ai quitté ce mariage. J’ai traversé beaucoup d’épreuves avant d’écrire et publier mon deuxième roman, Walaande, l’art de partager un mari. L’écriture m’a sauvé la vie. Sans elle, je serais allée au bout de mes tentatives de suicide. Je n’aurais jamais eu la force de m’accomplir, de devenir une femme libre, dans sa tête, dans sa vie, une mère responsable de ses enfants. Je suis très fière et contente, mes filles et mon garçon poursuivent tous avec succès des études universitaires. J’ai tout fait pour protéger mes filles du mariage précoce forcé, et je veux faire de même pour les autres, d’où la création de mon association Femmes du Sahel, en 2010.

Vous aviez l’amour des livres dès l’enfance ?

Oui. Lire était mon moyen préféré pour m’évader du réel. À Maroua, il n’y avait qu’une seule petite bibliothèque, au sein de l’église. Mon père était imam, donc je craignais de le trahir en allant à l’église, mais la tentation des livres était plus forte ! Avec ma petite sœur, on grimpait à un arbre, on escaladait le mur pour y accéder. Le prêtre nous laissait emprunter tous les livres de notre choix. Finalement, mon père et lui sont devenus très amis et tenaient des discussions passionnées. Mon père était professeur d’arabe, il a étudié le droit musulman et le droit international au Caire. Il était fantastique, il incarnait l’islam tolérant, libre, qui demande aux familles de scolariser les filles, de respecter les épouses… Dans notre société, l’enfant n’appartient pas seulement à ses parents, il est celui de toute la famille, de la communauté. À l’époque, cette emprise de la société, de la tradition était plus forte. Mon mariage a donc été décidé par mes oncles, sans que mon père ne puisse s’y opposer. Ça l’a brisé. Avec ma mère, égyptienne, ils formaient une famille unie, sans tromperie ni polygamie. Ma mère vit toujours à Maroua, elle parle parfaitement le fulfuldé. C’est une femme forte, l’une des matriarches du quartier, et elle tellement fière de moi !

Comment vos livres sont-ils reçus au Cameroun ?

À la parution de mon roman Walaande, l’art de partager un mari, en 2010, alors que Boko Haram faisait des ravages dans le pays, j’ai reçu de nombreuses insultes et des menaces de mort, par le biais de mon éditeur. Je reçois encore des attaques via Facebook, ou pendant les conférences, de la part de personnes qui ne comprennent rien, qui prétendent que je suis contre l’islam, que je raconte des mensonges, que je ne fais pas la promotion de notre société en racontant ses travers… J’ai la chance de m’être remariée avec un homme formidable, un écrivain et ingénieur qui m’a toujours soutenue, encouragée. Nous avons deux enfants de 7 et 8 ans. Le roman nous a réunis, on s’est rencontrés lors de la promotion de nos livres respectifs, et on ne s’est plus quittés. Je suis l’auteur national le plus lu actuellement dans mon pays, car j’ai toujours publié au Cameroun. Beaucoup se reconnaissent dans mon dernier roman, Les Impatientes, qui donne envie aux jeunes filles de mener une autre vie. Peu importent les critiques, les malveillants. Le plus important est d’avancer, de dire les choses et surtout de changer le destin de ces femmes qui, sans notre travail, reproduiraient ce schéma archaïque.

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